Élus fresnois déportés

Histoire

Chaque mois d'avril accueille en son dernier dimanche, la Journée nationale du souvenir de la déportation. A l'occasion du 29 avril 2018, (re)découvrez l'histoire de ces élus fresnois, fusillés ou déportés lors de la Seconde guerre mondiale.

Plaque Commemo

Géry, Henri René, Elie, Léon, Henri, Marcelin, René, Aristide, Alexandre et Ernest avaient en commun d'habiter Fresnes et de participer activement à la vie de ce petit village du département de la Seine. Elie participait à la Caisse des écoles tout comme Henri, Alexandre, Marcelin et Aristide qui en était le trésorier. Léon, sapeur-pompier municipal, entraînait avec Géry les jeunes enfants du club de foot.
Mais ils étaient avant tout, élus municipaux depuis le 4 juillet 1937 sur la liste de Maurice Catinat.

Le 9 février 1940, ils sont déchus de leurs mandats pour appartenance à un parti politique alors interdit. Quelque mois plus tard, le 5 octobre, la plupart sont arrêtés et internés au camp de séjour surveillé d'Aincourt, ouvert le même jour. Ils y retrouvent des députés, des conseillers généraux franciliens et sont rapidement à l'étroit. En effet, le bâtiment de l'ancien sanatorium est prévu pour 150 hommes, mais ils sont déjà 670 au mois de décembre. Surveillés par les autorités de Vichy, ils agrandissent le camp, installent des barbelés et des miradors.
Les visites leur sont refusées et devant cette injustice, leurs femmes décident d'écrire une lettre au préfet de la Seine. Elles y font part de leur étonnement : "Attendu que les prisonniers de droit commun ont droit à des visites, nous ne pouvons comprendre que nos maris et pères, étant des honnêtes hommes, n'y ont pas droit". La réponse ne tarde pas, le refus de visite est maintenu.
Le 6 septembre 1941, Henri, Marcelin et Aristide sont remis aux autorités nazies et internés au camp de Rouillé. Cinq mois plus tard, en février 1942, Elie et Léon sont également transférés puis internés au camp de Compiègne, le Frontstalag 122. Henri René est transféré à la prison d'Orléans. René, quant à lui, sera emprisonné à Fontevraud puis à la centrale de Clairvaux et enfin au camp de Rouillé. Alexandre sera enfermé à la prison de Rambouillet.

Les neufs fresnois se retrouvent au camp de Compiègne au début de l'été 1942. A l'aube du 6 juillet, ils sont déportés dans un convoi d'environ 1 170 hommes. Après deux jours d'un voyage inhumain, ils arrivent à Auschwitz. On leur tatoue sur l'avant-bras un numéro d'affectation débutant par 45000. Ce numéro donnera son nom au convoi.

Géry DENIZOU, séparé de ses camarades fresnois, décède au camp de Sachsenhausen.
Henri René BOULAY, tourneur-ajusteur, meurt le 18 novembre 1942 à Birkenau.
Elie BATOT, maçon, reçoit le n°45201 et perd la vie en octobre 1942.
Léon CONORD, ébéniste puis plombier, tatoué du n° 45391, meurt le 16 novembre 1942.
Henri SOUPION, mouleur en fonte, dont la femme avait signé la lettre au préfet, reçoit le n° 46110 et décède le 4 décembre 1942.
René CARPENTIER, ébéniste, affecté du n°45332, meurt le 27 août 1942.
Marcelin CAMUSSON, ouvrier plâtrier, sera tatoué du n° 45326. Sa date exacte de décès n'est pas connue.
Aristide BESSE, ajusteur-mécanicien, reçoit le n°45239, perd la vie le 24 août 1942, un mois après son arrivée.
Alexandre HUREL, plombier, tatoué du n°45677, meurt le 2 novembre 1942.
Ernest LAMOTTE, caoutchoutier, décède en janvier 1941 en camp de concentration, comme le mentionne la plaque de commémoration.

Trois autres fresnois feront partie du convoi des 45 000. Eugène DEGDIER, est cantonnier municipal quand il est arrêté le 5 octobre avec le groupe d'élus. Il avait été mobilisé de septembre 1939 à août 1940. A Auschwitz, il reçoit le n°45432 et décède le 18 octobre 1942. Arrêté le même jour, Louis VILLEMINOT, garçon de magasin, meurt le 23 août 1942. Son matricule n'est pas connu.
Un jeune militant, Raymond SAINT-LARY, également déporté, recevra le n°46088. Il survivra et sera libéré le 5 mai 1945. Il rentrera à Fresnes et témoignera pour ses camarades fresnois, car unique survivant du groupe.

Etienne BOIN

(Re)découvrez également l'histoire de Maurice Ténine, conseiller municipal fresnois, fusillé à Châteaubriant le 22 octobre 1941