Le 55e anniversaire du cessez-le-feu de la guerre d'Algérie commémoré

Commémoration

Dimanche 19 mars, élus, anciens combattants, membres de la Croix-Rouge et Fresnois ont commémoré le 55e anniversaire du cessez-le-feu de la guerre d'Algérie. Voici le discours du maire Jean-Jacques Bridey, prononcé à cette occasion :

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 "Nous voici rassemblés nous souvenir de ce 19 mars 1962, cessez-le-feu de la guerre d'Algérie. D’abord je veux ici rappeler que notre ville de Fresnes, contrairement à d’autres, a reconnu cette date comme fin du conflit depuis plus de 30 ans et qu’elle commémore chaque année depuis l’anniversaire de ce cessez le feu. La FNACA et son comité local ont beaucoup œuvré pour que cette date soit reconnue et je les en félicite et remercie. Cela ne signifie pas que tout était pacifié après cette date mais, pour la France, il s’agissait bien de la fin d’une guerre qui avait commencé en novembre 1954 pour s’achever en 1962 au soulagement de tous les protagonistes.

À l’époque et jusque récemment, on parlait des « événements d’Algérie », un euphémisme indigne. Indigne pour les combattants Algériens et Français. Ces jeunes que le gouvernement Mollet avait rappelé pour combattre n’étaient pas des policiers qui faisaient du maintien de l’ordre. Il s’agissait bien d’une guerre coloniale que la France a menée et qui s’est achevée le 19 mars 1962, prélude à l’indépendance de l’Algérie pays aujourd’hui ami.

Cette guerre n’a été reconnue comme telle par le gouvernement de Lionel Jospin qu’en 1999… Trente sept années après la fin de la guerre. C’est dire si les blessures sont vives lorsque l’on aborde ce moment grave et douloureux de notre histoire contemporaine.

Et pourtant le temps est venu de regarder notre histoire avec lucidité et respect pour tous.

Respect pour les Français d’Algérie qui n’étaient pas tous des colons mais des hommes et des femmes qui avaient vécu sur cette terre qu’ils aimaient, où sont enterrés leurs aïeux et qui se virent contraints de quitter cette terre aimée pour rejoindre une métropole qui n’a pas toujours su les accueillir comme il aurait fallu.

Respect pour les soldats qui méritaient d’être considérés comme des combattants. Qui ont fait leur devoir pendant de longs mois obéissant aux ordres. Les responsables d’une guerre injuste ne sont pas ceux qui font leur devoir mais ceux qui décident.

Respect aussi pour les Harkis. Ces Algériens qui avaient jugé que leur devoir était de se battre avec la France contre leurs propres frères et qui ont été mal traités, lâchés par ceux là mêmes qui les ont enrôlés.

Respect enfin pour les Algériens qui se soulevaient contre la colonisation, pour leur liberté et leur indépendance. Dans tous les livres de mémoires, les officiers généraux français, même les plus intransigeants, ont salué le courage des combattants de l’ALN.

Des atrocités ont été commises par tous, Français et Algériens et il ne sert à rien de créer une concurrence victimaire. Dans cette terrible guerre, il n’y a eu que des victimes, des hommes et des femmes blessés, tués, malheureux.

Le 19 mars met fin à cette cruelle période pour la France et pour l’Algérie.

Il n’y pas de repentance dans la volonté de dire…mais au contraire dans celle d’apaiser les blessures. Ce n’est pas transgressif de constater que la France, au nom de l’État, a pu commettre des crimes, plus personne ne le nie. L’histoire est ainsi faite. La colonisation qui était pour certains au XIXe siècle un facteur de progrès a aussi été un crime : mais en aucun cas, il ne s’agit d’imputer cela aux hommes et aux femmes, ni civils, ni soldats qui ont, par leur engagement auprès des populations civiles, en bâtissant des écoles, des dispensaires, des voies routières et ferroviaires, ont assuré leur sécurité, ont apporté le progrès, ont fait preuve de solidarité. L’histoire n’est jamais manichéenne. Au- delà des polémiques, encore récentes, il est nécessaire de panser nos blessures et pour ce faire dire les choses telles qu’elles ont été.

Aujourd’hui, la France et l’Algérie sont des pays amis. L’Algérie est aux cotés de la France pour lutter contre le terrorisme, pour défendre des valeurs communes. Des deux cotés de la Méditerranée, nous devons construire des relations non seulement économiques mais surtout culturelles. Nos relations, justement à cause de notre passé douloureux, doivent être riches, confiantes et fraternelles. C’est la meilleure réponse que nous pouvons apporter en hommage à nos soldats morts pendant la guerre, en hommage aux Français d’Algérie et en hommage à ceux qui sont convaincus que l’amitié entre les peuples est plus enrichissante que la guerre."