Formel / Informel

Jusqu'au 21 décembre

Formel Informel

Avec les œuvres de Nicola Bonessa, Élodie Boutry, Vincent Creuzeau,  Soumisha Dauthel, Maëlle Labussière, Dominique Liquois, Matthieu Pilaud et Serge Saunière

Nous voulions, depuis longtemps, organiser une exposition sur le thème de l’art abstrait contemporain pour montrer que, malgré un évident retour à la figuration, cette forme d’expression reste encore bien vivace et riche dans la diversité de ses modes et techniques. Nous avons choisi les œuvres de huit plasticiens, couvrant deux générations, pour montrer que ces artistes ne sont en rien des conservateurs ni des réactionnaires mais que chacun, à sa façon, innove, chamboule les conventions ou les redéfinit…

Une des difficultés majeures a été de trouver un titre pour cette exposition. En effet, si la plupart des observateurs s’accordent assez facilement pour reconnaître qu’une œuvre est abstraite, cette notion reste très intuitive et formuler une définition précise de ce qu’est l’abstraction n’en demeure pas moins une gageure.

Dans un des chapitres liminaires de son monumental ouvrage en cinq volumes L’art abstrait, Michel Seuphor écrit: « J’appelle art abstrait tout art qui ne contient aucun rappel, aucune évocation de la réalité observée, que cette réalité soit ou ne soit pas le point de départ de l’artiste. » Si cette définition reste assez large, elle n’en est pas moins très discutable. On sait, par exemple, que certaines des œuvres abstraites de Mondrian résultent de la réduction progressive de l’image d’un pommier à ses lignes essentielles. Le rappel et l’évocation de l’arbre sont bien présents, même s’ils ne sont pas toujours perceptibles pour qui ne connaît pas la genèse de l’œuvre.

Dans sa thèse Abstraktion und Einfühlung, Wilhelm Worringer oppose abstraction et empathie, la première notion étant associée à une certaine forme de primitivisme ou à ce qu’il désignera sous le terme d’expressionnisme, la seconde au réalisme : « tout comme le désir d’empathie en tant que base de l’expérience esthétique trouve sa satisfaction dans la beauté organique, le désir d’abstraction trouve sa beauté dans les formes inorganiques renonçant au vivant, dans le cristallin, bref, dans toute régularité et nécessité abstraites. » Pour Worringer, le moteur de l’abstraction est l’angoisse. Cependant, beaucoup des artistes que l’on qualifie volontiers d’abstraits ne sont pas des angoissés.

L’opposition entre abstrait et concret a alimenté bien des querelles. Dans l’unique numéro de la revue Art Concret, Theo Van Doesburg écrivait, en 1930 : « peinture concrète et non abstraite, parce que rien n’est plus concret, plus réel qu’une ligne, qu’une couleur, qu’une surface. » Pour lui, l’œuvre concrète doit être « entièrement conçue et formée par l’esprit avant son exécution ». Elle doit viser à la « clarté absolue » en excluant toute expression subjective et « la construction du tableau, aussi bien que ses éléments, doit être simple et contrôlable visuellement. »

Le terme non-figuration est tout aussi ambigu. La non-figuration s’oppose aux courants picturaux qui l’ont précédée – réalisme, impressionnisme, surréalisme… – dont l’objet était la figuration de thèmes empruntés au monde réel ou à l’imaginaire de l’artiste. En cela, la non-figuration récuse, dans un même mouvement, Kandinsky, dont l’univers pictural, bien qu’intérieur, est très réel, la peinture gestuelle, dont les adeptes assurent que les traces du geste de l’artiste constituent une réalité tangible, les matiéristes qui font l’apologie de la réalité de la matière, les paysagistes abstraits…

Nous avons donc rejeté tous ces vocables et avons fini par opter pour l’opposition entre formel et informel, deux axes qui, sans le définir ni le circonscrire, permettent de structurer le champ de la création communément désignée comme abstraite… On retrouve ici, actualisée au XXIe siècle, la fameuse confrontation entre abstractions chaudes et froides des années 1950. Ce choix est évidemment critiquable, mais il fallait trancher et nous l’avons fait…