45 000

Fernand Devaux, dernier survivant du convoi des 45 000

FDEVAUX.

En complément de l'article "Les 45 000" publié dans le Panorama de mai 2016, retrouvez ici l'interview de M. Fernand Devaux, dernier survivant du convoi du 6 juillet 1942.

A Fresnes, quelques uns de nos élus municipaux ont été déportés par le convoi du 6 juillet 1942. Vous étiez également dans ce train, pour quelle(s) raison(s) ?

Lorsque j’avais 14 ans, dans l’école où j’étais, est arrivé un élève allemand dont le père avait été fusillé en Allemagne par les nazis. Nous avons essayé de l’entourer. Ce fut pour moi une prise de conscience et à partir de là, j’ai toujours participé à des actions de solidarité internationale. A la sortie de l’école, à 14 ans, j’ai adhéré aux Jeunesses communistes à Saint-Denis et très jeune, au parti communiste. J’ai été arrêté en juin 1940, à Saint-Denis, avec 3 camarades pour distribution de tracts anti-fascistes du parti communiste alors que le parti était clandestin. J’ai été interné en France à Aincourt, Rouillé et Compiègne avant le départ pour Auschwitz.

Pouvez-vous nous raconter votre arrivée à Auschwitz ?

Nous sommes entrés à Auschwitz I et avons passé une nuit dans un block à même le sol. Le lendemain, nous sommes transférés à Birkenau, il faisait très chaud. Nous avons croisé des déportés dans un état pitoyable, courbés, maigres, sales, sentant mauvais. Nous ne pouvions pas à réaliser. Nous avons été mis dans un baraquement où étaient alignés des châlits. Les SS nous ont fait monter dedans. Un peu de paille est tombée et le Kapo a accusé l’un de nos camarades, Clément Matheron, d’en être responsable. Le kapo nous a fait sortir et nous a dit  : « Je vais vous montrer comment on tue un homme » et l’a frappé violemment derrière la tête, jusqu’à ce qu’il ne bouge plus. Voilà notre arrivée à Auschwitz-Birkenau.

Avez-vous pu rester avec des amis, des connaissances ?

Le convoi a été séparé en deux, 600 ont été emmenés à Auschwitz I et environ 600 camarades sont restés à Birkenau. Nous, suivant les moments et les kommandos de travail, nous sommes restés par petits groupes.

A partir de septembre 1944, vous êtes plusieurs fois transféré de camps en camps. Puis, après votre libération par les alliés, vous vous évadez. Pourquoi ?

En septembre 1944, j’ai fait partie avec Lucien Ducastel, Georges Dudal et Roger Abada de la trentaine de 45 000 évacuée vers Gross Rosen, puis Hersbrück et Dachau. Là, en mai 45 après la libération, nous avons été mis en quarantaine de décontamination du typhus. Nous n’en pouvions plus de cette longue évacuation, avec Georges Dudal et un déporté luxembourgeois, nous nous sommes cachés dans un camion militaire, derrière des bidons et avons quitté le camp pour rentrer plus vite chez nous. Mais le périple était long. Avec Jojo Dudal, nous avions réussi à fabriquer un drapeau bleu blanc et rouge pour se faire reconnaître. Nous avons finalement rejoint un point de rapatriement et sommes arrivés à l’hôtel Lutétia [lieu de regroupement des déportés à Paris, ndlr] le 19 mai 1945. Les camarades que nous avions laissés à Dachau étaient arrivés avant nous ! Après les formalités au Lutétia, je suis rentré à pied chez moi, à Saint-Denis, avec mon drapeau bleu, blanc et rouge et un bâton qui m’avait aidé à marcher.

Merci à l'association Mémoire Vive pour le recueil et la retranscription des propos de M. Fernand Devaux.

45 000

Plaque Commemo

Saviez-vous que les noms figurant sur la plaque commémorative de l'hôtel de ville sont ceux d'élus fresnois qui furent déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942 ?

Géry, Henri René, Elie, Léon, Henri, Marcelin, René, Aristide, Alexandre et Ernest avaient en commun d'habiter Fresnes et de participer activement à la vie de ce petit village du département de la Seine. Elie participait à la Caisse des écoles tout comme Henri, Alexandre, Marcelin et Aristide qui en était le trésorier. Léon, sapeur-pompier municipal, entraînait avec Géry les jeunes enfants du club de foot.
Mais ils étaient avant tout, élus municipaux depuis le 4 juillet 1937 sur la liste de Maurice Catinat.

Le 9 février 1940, ils sont déchus de leurs mandats pour appartenance à un parti politique alors interdit. Quelque mois plus tard, le 5 octobre, la plupart sont arrêtés et internés au camp de séjour surveillé d'Aincourt, ouvert le même jour. Ils y retrouvent des députés, des conseillers généraux franciliens et sont rapidement à l'étroit. En effet, le bâtiment de l'ancien sanatorium est prévu pour 150 hommes, mais ils sont déjà 670 au mois de décembre. Surveillés par les autorités de Vichy, ils agrandissent le camp, installent des barbelés et des miradors.
Les visites leur sont refusées et devant cette injustice, leurs femmes décident d'écrire une lettre au préfet de la Seine. Elles y font part de leur étonnement : "Attendu que les prisonniers de droit commun ont droit à des visites, nous ne pouvons comprendre que nos maris et pères, étant des honnêtes hommes, n'y ont pas droit". La réponse ne tarde pas, le refus de visite est maintenu.
Le 6 septembre 1941, Henri, Marcelin et Aristide sont remis aux autorités nazies et internés au camp de Rouillé. Cinq mois plus tard, en février 1942, Elie et Léon sont également transférés puis internés au camp de Compiègne, le Frontstalag 122. Henri René est transféré à la prison d'Orléans. René, quant à lui, sera emprisonné à Fontevraud puis à la centrale de Clairvaux et enfin au camp de Rouillé. Alexandre sera enfermé à la prison de Rambouillet.

Les neufs fresnois se retrouvent au camp de Compiègne au début de l'été 1942. A l'aube du 6 juillet, ils sont déportés dans un convoi d'environ 1 170 hommes. Après deux jours d'un voyage inhumain, ils arrivent à Auschwitz. On leur tatoue sur l'avant-bras un numéro d'affectation débutant par 45000. Ce numéro donnera son nom au convoi.

Géry DENIZOU, séparé de ses camarades fresnois, décède au camp de Sachsenhausen.
Henri René BOULAY, tourneur-ajusteur, meurt le 18 novembre 1942 à Birkenau.
Elie BATOT, maçon, reçoit le n°45201 et perd la vie en octobre 1942.
Léon CONORD, ébéniste puis plombier, tatoué du n° 45391, meurt le 16 novembre 1942.
Henri SOUPION, mouleur en fonte, dont la femme avait signé la lettre au préfet, reçoit le n° 46110 et décède le 4 décembre 1942.
René CARPENTIER, ébéniste, affecté du n°45332, meurt le 27 août 1942.
Marcelin CAMUSSON, ouvrier plâtrier, sera tatoué du n° 45326. Sa date exacte de décès n'est pas connue.
Aristide BESSE, ajusteur-mécanicien, reçoit le n°45239, perd la vie le 24 août 1942, un mois après son arrivée.
Alexandre HUREL, plombier, tatoué du n°45677, meurt le 2 novembre 1942.
Ernest LAMOTTE, caoutchoutier, décède en janvier 1941 en camp de concentration, comme le mentionne la plaque de commémoration.

Trois autres fresnois feront partie du convoi des 45 000. Eugène DEGDIER, est cantonnier municipal quand il est arrêté le 5 octobre avec le groupe d'élus. Il avait été mobilisé de septembre 1939 à août 1940. A Auschwitz, il reçoit le n°45432 et décède le 18 octobre 1942. Arrêté le même jour, Louis VILLEMINOT, garçon de magasin, meurt le 23 août 1942. Son matricule n'est pas connu.
Un jeune militant, Raymond SAINT-LARY, également déporté, recevra le n°46088. Il survivra et sera libéré le 5 mai 1945. Il rentrera à Fresnes et témoignera pour ses camarades fresnois, car unique survivant du groupe.

Etienne BOIN

Merci à Claudine Cardon-Hamet, professeure agrégée et docteur en histoire, pour l'actualisation des biographies des "45 000" fresnois sur son site Internet.

Pour aller plus loin


Déportés politiques à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942
Biographies des élus fresnois déportés par Claudine Cardon-Hamet et articles sur les différents lieux de détention, le voyage en wagon à bestiaux, l'arrivée à Auschwitz.

Mémoire vive
Biographies de l'intégralité des hommes du convoi du 6 juillet 1942

Fondation pour la mémoire de la Déportation

Le Camp d'Aincourt, un affront à la mémoire
Article du Parisien en date du 5 octobre 2009.

Archives municipales de Fresnes

Les 45 000, article paru dans le Panorama n°146 de mai 2016