Le capuchon belge

Capuchon

Saviez-vous que les détenus de la prison de Fresnes portèrent jusqu'en 1950 une sorte de capuchon leur recouvrant entièrement la tête ?

En 1870, alors que s'achève le règne de Napoléon III et que chute le Second Empire, les spécialistes du droit et de la santé déclarent que l'emprisonnement collectif favorise la récidive, le crime et le vice. L'idée commune reconnaît alors une certaine contagion entre les détenus.
Une réforme pénitentiaire est mise en place et aboutit trois ans plus tard sur la loi du 5 juin 1875. Ouvrage législatif crucial, cette dernière met en application le principe de l'emprisonnement individuel, c'est-à-dire en cellule. Les prochaines prisons seront ainsi construites selon ce principe et c'est dans ce contexte que naît la prison de Fresnes en juillet 1898.

Cependant, la loi du 5 juin 1875, outre la séparation des différents types de détenus (inculpés, prévenus et accusés), impose le port du costume pénal. Visant à dépouiller la personne incarcérée, car privée de ses vêtements et effets personnels, le choix de cet équipement est surtout motivé pour des raisons de sécurité et d'ordre mais également de protection entre les détenus eux-mêmes.
En effet, l'idée de la contagion entre les détenus court toujours et un accessoire au costume pénal fait alors son apparition. Le capuchon belge amène plus loin encore le principe de séparation des personnes incarcérées. Imposé à certains prisonniers selon l'avancement de leur peine ou leur niveau de détention, il doit être porté en tout temps, surtout pendant les déplacements, les distributions de nourriture ou lors des rencontres avec leurs camarades.
" Le procédé adopté consiste dans l'emploi d'un capuchon formé d'une étamine de fil et couvrant complètement, lorsqu'il est abaissé, la tête et le visage ; le détenu qui en est revêtu voit très nettement les objets à travers le tissu, sans qu'il soit possible, même de près, de distinguer ses traits, et sa respiration n'en est aucunement gênée ".

L'usage de cet accessoire est finalement peu utilisé dans les prisons françaises, sauf à Fresnes. Bien qu'aboli en octobre 1950, le port du capuchon belge semble avoir encore été utilisé à Fresnes jusque dans les années 60 pour quelques détenus.

Etienne BOIN

Photo - Un prisonnier portant le capuchon belge. Collection photographique de l'Ecomusée du Val-de-Bièvre

Pour aller plus loin

Histoire de Fresnes, prison moderne de Christian Carlier, Ed. de la Découverte, 276 pages, 23,63€.

• Le capuchon belge : un accessoire du costume pénal de 1875 à 1950, article de janvier 2011 sur le blog de Jacky Tronel.

• L'essentiel sur l'histoire du costume pénal, document à usage pédagogique de Philippe Poisson, janvier 2006.

• Ressources en ligne du site Internet de l'Ecole Nationale d'Administration Pénitentiaire (ENAP)