Les sœurs Brohan

Soeurs Brohan

Saviez-vous qu'une famille de comédiennes célèbres de la Comédie-Française vécut à Fresnes pendant plusieurs années au XIXe siècle ?

Suzanne Brohan est âgée de vingt-six ans lorsqu'elle fait l'acquisition d'une maison à Fresnes-lès-Rungis en 1833 au 28 bis de la rue Maurice Ténine. Suzanne est alors une comédienne reconnue qui joue sur les scènes provinciales mais également parisiennes du théâtre de l'Odéon et du théâtre du Vaudeville.
Quelque mois après son installation à Fresnes, dont elle appéciait l'aspect campagnard et reposant, elle entre à la Comédie-Française et débute le 15 février 1834 dans le rôle de Madelon dans Les Précieuses Ridicules de Molière.
Mais une santé fragile et une infection du larynx l'obligent à se retirer des feux de la rampe en 1842. Après vingt-et-un ans de carrière et de nombreux succès, Suzanne se retire à Fresnes et se concentre sur l'éducation de ses deux filles, Augustine et Madeleine, et accorde un soin tout particulier à son jardin.
Elle vend cette maison en 1868 à la famille Doré, huissiers parisiens, pour s'installer à Fontenay-aux-Roses. Mais Suzanne ressent un certain mal du pays et demande aux nouveaux propriétaires, via deux lettres, de pouvoir revenir en tant que locataire dans son ancienne maison. Cela lui est accordé.

Suzanne s'éteint en 1887, mais l'histoire théâtrale et fresnoise de la famille Brohan continue. Augustine, la fille aînée, suit très jeune les pas de sa mère. Elle obtient à seize ans le premier prix de Comédie du Conservatoire de musique et de déclamation de Paris et intègre la Comédie-Française en mai 1841. Le public l'apprécie beaucoup et Augustine rencontre de nombreux succès, devant sociétaire, joue devant Napoléon III, est encensée par Victor Hugo, Alfred de Musset lui écrit Louison. Il semble d'ailleurs que l'auteur soit venu écrire à Fresnes sous le marronnier de la résidence des Brohan lors d'un séjour de trois semaines. Il dédiera également à Augustine un madrigal (forme ancienne de musique vocale).
Augustine aurait également eu la boutade facile et ses mots faisaient rire mais irritaient parfois les plus grands. Ainsi, Alexandre Dumas fâché par une chronique de l'actrice dans le Figaro, demande instamment au directeur de la Comédie-Française de retirer l'actrice de la distribution jouant ses pièces.
Augustine hérite de la santé fragile de sa mère et s'éloigne des feux de la rampe en janvier 1868 à cause de ses yeux. Elle meurt presque aveugle le 15 février 1893.

Sa sœur cadette, Madeleine, poursuit la tradition familiale. Initiée dès son plus jeune page au théâtre par Suzanne, elle entre au Conservatoire à 15 ans. Après un premier prix de Comédie, elle entre à la Comédie-Française en septembre 1850. Madeleine rencontre, tout comme sa mère et sa sœur, de nombreux succès auprès de son public et des critiques. Elle jouera avec sa sœur dans Les Demoiselles de Saint-Cyr de Dumas père, deviendra sociétaire en janvier 1852 et formera un duo d'acteur réputé avec Prosper Bressan.
Cependant, suite à un divorce fracassant et pour fuir son mari, Madeleine part en Russie à Saint-Pétersbourg où elle joue au théâtre Français. De retour, un an plus tard, en juin 1857, elle peine à retrouver l'affection du public et des problèmes de santé commencent à la fatiguer.
Malgré un congé maladie et de nombreux rôles qui lui sont refusés, elle retrouve le succès mais la guerre franco-prussienne de 1870 survient. Durant les combats, Madeleine devient infirmière et soigne les blessés dans les mêmes pièces où elles jouait les plus grands dramaturges.
Elle prend sa retraite le 1er mai 1885 après trente-trois ans de carrière. Une infection du larynx, tout comme sa mère, l'empêche d'aller plus loin. Elle décède le 14 février 1900.

Les Trois Brohan, comme on les surnommait souvent, apprécièrent tout particulièrement leur maison fresnoise et y résidèrent de nombreuses années. Il semble que Madeleine y fut encore présente lorsque le 17 août 1898 elle signe la pétition contre la construction de la prison.
Elles sont toutes trois inhumées au cimetière communal dans l'ilot n°2.

Caveau Brohan

Caveau familial de Mmes Brohan au cimetière communal (Nov. 2017)

Etienne BOIN
Illustration - Augustine et Madeleine Brohan. Collection iconographique de l'Ecomusée du Val-de-Bièvre.

En savoir plus

• Archives et documentation de l'Ecomusée du Val-de-Bière

• Regard sur l'actrice au XIXe siècle, la famille Brohan de Elsa Trochet. Mémoire de maîtrise d'histoire, 1992-1993, 95 pages

• Archives de la Comédie-Française

• Archives communales