Sanatorium Ste Marguerite

044-Sanatorium - Facade

Saviez-vous que la maison qui se cache derrière son grand portail au numéro 20 de la rue Maurice Ténine fut autrefois un sanatorium ?

Cette superbe bâtisse était abandonnée et en ruine, lorsque Hugues Auguste Renaudin en fit l'acquisition au printemps 1910.
Ce notaire, originaire de Sceaux, créait depuis quelques années de nombreuses œuvres de charité : orphelinats, crèches, jardins ouvriers, bourses d'aide... Il perpétuait ainsi la mémoire et l'action de sa femme et de sa mère, toutes deux prénommées Marguerite, décédées en 1893 et 1908 et qui avaient dédiée leur vie à la charité.

Lors de la transaction, cette maison laissée à l'abandon n'était entretenue que par une seule et même personne, une sœur de la congrégation de Saint-Vincent-de-Paul. Celle-ci pensait depuis longtemps à rénover le bâtiment et à en faire une maison de repos ou de santé. Elle expose alors ses idées au nouveau propriétaire, qui conquit, met sa fortune à disposition et l'accompagne dans le projet. Ainsi, ils décident de créer un sanatorium de 24 lits pour jeunes femmes pré-tuberculeuses de la région parisienne, anémiées par la vie d'atelier, de bureau, de magasin ou d'usine. La sœur dirige les travaux et la réhabilitation du bâtiment principal, du pavillon des parloirs et de la salle des fêtes mais également du pavillon d'isolement. Le nom de Sainte-Marguerite est donnée au sanatorium en hommage à la femme et à la mère de M. Renaudin.
Pour aider à la guérison des futures pensionnaires, tout est prévu. Le parc de la propriété frôle les trois hectares (l'actuel parc André Villette), du troisième étage, la vue sur Paris est imprenable, la cuisine est équipée du matériel dernier cri, un cabinet de consultation pour les médecins possède des appareils de stérilisation à chaud, le système de chauffage diffuse dans toutes les pièces, les salles de bains sont modernes et des jeux (tennis, croquet, balançoires...) équipent le parc. Le sanatorium, par sa situation et ses services, correspond alors largement aux exigences de confort et d'hygiène moderne de l'époque.

 Le 12 juin 1910, le préfet de la Seine, Justin Germain Casimir de Selves, inaugure le bâtiment, en compagnie de l'équipe dirigeante, de M. Renaudin et d'Auguste Daix, alors maire de Fresnes. Devant la beauté des lieux, le préfet s'exclame : "Mon cher Monsieur Renaudin, vous avez pris le plus joli coin de tout mon département pour votre sanatorium".
Une semaine plus tard se déroule l'inauguration religieuse. En effet, le sanatorium, bien qu'acheté par Hugues Renaudin, dépend de la congrégation des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Près de 3000 personnes sont présentes ce 19 juin 1910 lorsque survient Monseigneur Amette, archevêque de Paris, qui bénira par la suite le sanatorium.

Pour l'année 1910, 22 malades seront accueillies au sanatorium pour un séjour moyen de 49 jours. 21 seront déclarées guéries par les médecins. L'année suivante, la fréquentation augmente et ce sont 64 malades sur 72 qui seront guéries. Le traitement classique comportait des médicaments, des cures d'air et de chaise longue, de l'héliothérapie, de l'hydrothérapie, de la gymnastique respiratoire et une alimentation hygiénique.

De nos jours, la maison existe toujours mais le sanatorium n'est plus en fonction, la banlieue ayant rattrapé la campagne fresnoise de l'époque. Des blessés de la Première Guerre mondiale furent soignés par les sœurs au sein de cette maison. Aujourd'hui, le bâtiment se nomme Escale Louise de Marillac et accueille les familles de détenus venant de loin pour visiter leurs proches. En revanche, les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul sont toujours présentes. Le parc, quant à lui, est devenu public sous le nom de parc André Villette.

Pour la petite anecdote, le sanatorium est souvent confondu avec l'orphelinat Sainte-Marguerite, qui siégeait plus haut dans l'actuelle rue Maurice Ténine, au numéro 29-31. Faisant également partie des œuvres de charité de M. Renaudin et de la congrégation Saint-Vincent-de-Paul, il accueillait des jeunes filles de 6 à 13 ans dans un superbe bâtiment, devenu aujourd'hui la Résidence de la Ferme. L'ancien dispensaire Saint-Vincent-de-Paul en fut longtemps un vestige.

Etienne BOIN
Merci à l'équipe de l'Ecomusée du Val-de-Bièvre pour ses infos et ses photos ainsi qu'au service des archives de la ville de Sceaux.

Pour aller plus loin


• Biographie et liste des œuvres de charité de M. Hugues Renaudin disponibles auprès des archives de la ville de Sceaux.

• Livret descriptif et photos du sanatorium à l'Ecomusée de Fresnes

Une belle histoire, article paru dans le Panorama Fresnois n°33 de novembre 1992

Mémoire en images : Fresnes, par les Amis de l'Ecomusée de Fresnes. Ed. Alan Sutton, 2004, 128 pages, 19,90€