Fresnes pendant la guerre 1/2

Fresnes pendant la guerre

Mobilisation generaleDimanche 2 août 1914, premier jour de la mobilisation générale en France. A Fresnes, l’annonce est faite au clairon par le garde-champêtre puis les affiches sont apposées en de nombreux points de la ville pour informer tous les Fresnois. Une fête de remise de prix aux écoliers les plus méritants était prévue le jour même à 15 heures. Cependant, aucune information ne nous permet d’affirmer si elle fut maintenue ou annulée.

Après le départ des hommes pour le front, la vie s’organise tant bien que mal. Le conseil municipal se réunit le 11 août et décide de transférer des crédits du budget municipal à celui du Bureau de bienfaisance.
Le lendemain, les réquisitions commencent. Peaux de moutons, véhicules automobiles ou hippomobiles, voitures à bras… 35 chevaux sont ainsi transférés aux armées. Très vite, le gouvernement demande à la ville d’établir un inventaire des ressources alimentaires présentes à Fresnes. L’équipe municipale recense, par exemple, 400kg de saindoux et 100kg de lard chez M. Darche, boucher. Des distributions de lait sont également mises en place tous les jours à 5h30 et 16h30 pour 7 nourrissons, 36 enfants et 6 adultes. Une milice citoyenne de 70 volontaires, chargés de maintenir l’ordre public, est créée par M. le Maire. Ces miliciens sont armés avec les armes déclarées et déposées à la mairie par les habitants.

Fete copieTout au long du conflit, les fresnois devront composer avec le rationnement, les unités militaires cantonnées en ville, le manque de charbon, les soldats soignés en ville ou aux alentours, la recherche des déserteurs ou indigents, l’éclairage public diminué suite aux raids aériens allemands, la chasse aux chients errants, les accidents de la route, la distribution des sauf-conduits pour voyager... Le plus éprouvant restant les annonces régulières des décès des mobilisés fresnois.
Quatre années de guerre amènent alors leur lot de souffrances et d’événements inattendus.

Après la guerre, il fut envisagé de renommer la ville de Fresnes en Fochville pour rendre hommage au maréchal Foch. Ce projet n’aboutira pas...

Société laitière Maggi

BDIC PH ALB 131 005

Les 2, 3 et 4 août 1914, un entrepôt de la société Maggi situé au numéro 20 de la Grande rue de Fresnes est saccagé et pillé. Les dégâts sont considérables. Aucun entrepôt de Maggi sur le territoire national ne sera épargné.

Le 15 décembre 1914, la ville de Fresnes est assignée à comparaître devant un tribunal. Cependant, le conseil municipal se dégageant de toute responsabilité dans l’affaire, un expert est nommé pour évaluer l’ensemble des dégâts de l’entrepôt. Un an et demi plus tard, Fresnes et plusieurs autres villes s’associent et désignent un avocat commun pour les défendre. Finalement, la ville devra payer 154,78 francs (soit l’équivalent de 322,76 euros) de dédommagement à Maggi.
En réalité, la société Maggi est victime de la consonance allemande de son nom et de la vague d’anti-germanisme de l’été 1914. Tout ce qui est supposé être allemand doit être éliminé, détruit, effacé.

Créée par Julius Maggi, entrepreneur d’origine suisse, la société Maggi commercialise des condiments alimentaires déshydratés dont le célèbre bouillon Kub. Plus tard, en France, une licence est créée sous le nom Société Laitière Maggi pour un Lait Saint et comptera 2 500 employés et près de 1 000 dépôts.
Lorsque que la guerre éclate, un sentiment anti-allemand attise la haine de certains et il faut s’en prendre aux Allemands, aux Alsaciens, ou même ceux dont le nom sonne de façon germanique ou s’écrit tout simplement « allemand ».
Maggi ne fait pas exception. Certaines rumeurs courent. Les plaques publicitaires en émail dans les gares cacheraient des émetteurs qu’utiliseraient les espions, le lait serait empoisonné et Julius Maggi, pourtant mort en 1912, aurait été aperçu s’enfuyant avec 40 millions de francs. Pour éviter que tous les entrepôts soient saccagés, le directeur demande leur réquisition militaire, mais il est trop tard. 850 dépôts sont détruits et les ventes de lait chutent de 90%.  

Ironie du sort, les pangermanistes accusèrent Maggi d’être français et d’augmenter le prix de ses produits vendus à l’armée d’Allemagne.

Un avion s'écrase à Fresnes

REP

Alors que la guerre est déclarée depuis maintenant un mois, le petit village de Fresnes semble bien tranquille lorsque le 30 août à 18h45, un avion s’écrase sur le chemin de Chevilly. Le petit monoplan, un REP type K (photo ci-contre), était conduit par deux pilotes, dont l’un, Maurice HENRIOT, deviendra un as avec 6 victoires homologuées.  L’avion est bâché et gardé par des hommes du 3e régiment de Zouaves qui se trouve alors cantonnés à Fresnes. Les aviateurs sont logés par M. GINISTY, maire de l’époque.

Selon l’affectation des pilotes à cette période, il semble qu’ils appartenaient alors à l’escadrille R15 basée à Reims. Celle-ci se chargeait principalement de missions de reconnaissance et aurait participé à la première bataille de la Marne qui stoppa les Allemands dans leur avancée vers Paris.

L'AAS Fresnes

Créée en 1897, la toute jeune Association Amicale Sportive de Fresnes (AASF) continue de fonctionner pendant la guerre, sous la présidence de Léon Barroy et malgré l’absence de nombreux adhérents mobilisés.

Tout au long de la guerre, l’AAS Fresnes soutiendra les poilus fresnois en leur envoyant une petite allocation pour améliorer l’ordinaire, organisera un concert au profit des nécessiteux, maintiendra ses matchs de football. En signe de solidarité, à chaque réunion, les membres de l’association lisent des lettres de poilus fresnois . Avec l’aide des villes voisines, l’AAS Fresnes organisera également un grand cross-country ainsi qu’un tournoi de football au profit des mobilisés.

Le 9 novembre 1918, l’AAS Fresnes se réunit pour célébrer la nomination comme chevalier de la légion d’honneur de son vice-président, Albert Roper.

Sources

Exposition réalisée par le service des relations publiques et de la communication en 2014. Responsable du projet : Etienne BOIN. En partenariat avec les associations : UFAC de FRESNES (ACPG-CATM-TOE-VEUVES et FNACA). Documents et photographies sélectionnés aux Archives municipales, Archives du Val-de-Marne, Ecomusée du Val-de-Bièvre, Ministère de la Défense (site Mémoire des Hommes), à la Parisienne de Photographie SAEML, à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), parmi les archives de l’AAS Fresnes communiquées par Bernard GATEAU, celles de la famille de Madame BOSSARD et les photographies de Lucien DOCQUIR. Sources pour les données chiffrées et historiques : Géo Histoire n°12 et 13, 14-18 Magazine n°59, Le Monde Hors-série « 14-18, les leçons d’une guerre », Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget.