Fresnes pendant la guerre 2/2

Albert Roper

Roper Watermark
Lorsque que la guerre éclate, Albert Roper, fresnois depuis 1900, effectue son service militaire.  Mobilisé dans son unité, le 19e escadron du Train des équipages, il est chargé dans les premiers jours de la mobilisation de réquisitionner voitures, chevaux et attelages. Il part pour le front le 13 août 1914 au soir et rejoint la région de Montmédy, près des Ardennes.

Dans les premiers temps du conflit, Albert sert comme officier de liaison à cheval. Souhaitant rejoindre les combats, il demande sa mutation dans l’infanterie et entre au 18e bataillon de chasseurs à pied, en 1915. En juillet 1916, il participe à la bataille de la Somme puis tiendra les tranchées au Plémont, Roye et Arras. Durant cette période, en tant que sous-lieutenant, il commande un corps franc chargé d’aller harceler les Allemands dans leurs propres tranchées.  Pour ses actions, Albert recevra la Croix de guerre. La guerre ne l’empêche pas de vivre d’heureux instants. En effet, il se marie le 21 juillet 1916 avec Antoinette.

Poing-Roper-©AlbinDenisA l’automne 1916, il demande sa mutation dans l’aviation puis obtient son brevet de pilote, le 25 janvier 1917. Il sera classé chez les pilotes de chasse car il avait obtenu sa certification en 32 jours d’hiver, période à la météo capricieuse. Formé à l’acrobatie aérienne, il rejoint ensuite l’escadrille n°68 le 26 avril 1917. Son secteur se révélant plutôt calme, Albert fait de la reconnaissance photographique puis obtient sa première victoire homologuée le 17 octobre. Un mois plus tard, il est nommé Chef d’escadrille et doit former, équiper et gérer la toute nouvelle escadrille n°159. L’emblème du groupe sera un grand poing rouge sur fond blanc et bleu, nommé « Le Poing de Roper » (photo ci-contre, © Albin Denis).

Le 30 mai, Albert décolle, perd son escadrille puis tombe sur des avions ennemis. Il abat un biplace mais un tir de DCA allemande détruit en partie son appareil. Alors que son avion plonge vers le sol, il coupe son moteur et se rend compte qu’il est heureusement en terrain français.
Il reprend ses esprits le soir même à l’hôpital de Sézanne. Son dos le fait souffrir, il ne sent plus ses jambes et une grande estafilade lui barre le visage du nez au menton. Le médecin déclare qu’il ne passera pas la nuit. Mais le lendemain, il est toujours là. Finalement son képi de capitaine qu’il tient fermement attire l’attention d’un chirurgien. Celui-ci diagnostique de graves lésions internes

Evacué en train, il se retrouve à Nice à l’hôpital n°14. Après 6 jours sans nourriture, sans toilette et sans soins médicaux, Albert est finalement pris en charge. Deux lésions de la moelle épinière causent une paraplégie complète et sa colonne vertébrale est rabotée. Il lui est annoncé qu’il ne remarchera sans doute jamais.
Cependant, Albert s’entête et les progrès ne tardent pas. Le 25 juin 1918, il marche avec des béquilles. Transféré à la Clinique Bouchard de Marseille pour trois mois de repos, il échappe de peu à la grippe espagnole.
Alors qu’il remarche progressivement, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur, le 19 juillet 1918 puis rentre dans ses foyers pour trois mois de convalescence.

Après l’armistice, diplômé de droit et d’anglais, il rejoint la Section franco-américaine de l’aéronautique, devient expert aérien auprès du maréchal Foch et assiste à la ratification du traité de Versailles. Il dédiera le reste de sa carrière à l’aviation et deviendra Secrétaire général de la CINA puis de l’OACI, organismes internationaux pour l’aviation civile.

Paul Marie Bolo dit Bolo-Pacha

Bolo Pacha

Paul Bolo n’est pas natif de Fresnes, pas plus qu’il n’y a vécu : il fut interné à la Maison d’Arrêt pendant un mois, en octobre 1917.
Dentiste, commerçant maritime et colonial, aventurier… De nombreux qualificatifs lui sont donnés, mais la presse et l’opinion publique de l’époque le nommeront escroc et espion.

Au cours de ses nombreux voyages, Paul Bolo rencontre Abbas II Hilmi, khédive d’Egypte, et devient son conseiller personnel. Celui-ci lui donnera le titre de Pacha et Paul sera désormais surnommé Bolo-Pacha.

Le khédive d’Égypte est germanophile et lorsque qu’il est destitué par les autorités britanniques le 18 décembre 1914, il s’enfuit en Suisse, se rapprochant ainsi de l’Allemagne. Bolo-Pacha entre en contact avec des banques allemandes via New-York, sans doute par l’intermédiaire de son ami, et obtient des fonds pour contrôler des quotidiens français et les transformer en organes de presse pacifistes. L’Allemagne tenaillée entre deux fronts serait ainsi soulagée et pourrait disposer de la France à sa guise.
Mais les manipulations de Bolo-Pacha attirent l’attention de Clemenceau et d’Aristide Briand qui ordonnent une enquête. Les services secrets mettent à jour le transfert de 11 millions de mark vers les comptes de Bolo en provenance de la Deutsche Bank via une banque américaine.

Arrêté en septembre 1917, Paul Bolo est interné à Fresnes où il sera interrogé de nombreuses fois par le capitaine Pierre Bouchardon. Ce magistrat, du troisième conseil de guerre, spécialisé dans « l’ennemi de l’intérieur », dirigera également la réquisition contre Mata Hari.
Inculpé pour intelligence avec l’ennemi en temps de guerre, Bolo-Pacha est condamné à mort le 14 février 1918. Le président Poincaré lui refuse la grâce.
Exécuté le 17 avril 1918 au fort de Vincennes, Paul Bolo, fidèle à son image, s’habilla de linge fin, d’une cravate et revêtit ses gants blancs lorsque les gendarmes lui mirent les menottes.

Les Haudebourg, une famille fresnoise dans la guerre

Famille Haudebourg

Quand survient la Première guerre mondiale, la famille Haudebourg est fresnoise depuis bien longtemps déjà.

En effet, Baptiste et son épouse Julie, originaires d’Eure-et-Loir, s’y installent aux alentours de 1840. Ils auront huit enfants dont quatre mourront en bas âge.
L’aîné, Maurice, né en 1865, sera charretier et chauffeur notamment pour la prison mais également pompier bénévole pour la ville.
Virginie et Louis-Paul naissent en 1886. En 1908, elle sera reconnue par l’Eglise comme  l’une des soixante-neuf miraculés de Lourdes, car guérie d’une infection urinaire avec cystite et néphrite de nature tuberculeuse. Quant à Louis-Paul, il décèdera de la grippe espagnole alors qu’il était mobilisé pendant la Première Guerre mondiale. Il est inscrit au monument aux morts de Fresnes.

Louis, fils de Maurice, sera également mobilisé pendant la Grande Guerre. Né à Fresnes le 28 décembre 1885, il ira à l’école maternelle, alors installée face à l’Eglise Saint-Eloi, puis deviendra charretier, comme son père, pour la tuilerie Denis. Comme tous les jeunes hommes de 20 ans au début du XXe siècle, Louis effectue son service militaire en 1905. A son retour, il reprend son métier, mais cette fois pour la blanchisserie Laurent, installée à Fresnes. Il y rencontre Alphonsine, qu’il épouse le 13 juin 1908. Ensemble, ils habiteront au 24, Grande rue (actuelle rue Maurice Ténine) et auront deux enfants, Paulette et Paul.
Le 2 août 1914, à 29 ans, Louis est mobilisé au 31e bataillon de chasseurs à pied dans la 19e compagnie. Son régiment se bat dès l’automne 1914 en Artois.
Deux mois plus tard, le 6 octobre 1914, Louis est grièvement blessé à Carency près de Lens. Alors qu’il montait à un arbre pour observer les positions ennemies, il reçoit une rafale qui le blesse à l’entrejambe et à la cuisse droite.
Déclaré invalide à 80% et après une longue convalescence, Louis rentre chez les siens. Le 30 mai 1917, à l’hôtel de ville, il est décoré de la Croix de guerre avec palme ainsi que de la médaille militaire en présence des siens.

Des suites de ses blessures, Louis ne peut reprendre son ancien métier, charretier. Il change alors de voie et devient tapissier, d’abord chez Lair, fabrique de meubles installée dans l’ancien château de Berny, puis chez Ruello à Saint-Ouen. Son fils, Paul, deviendra également tapissier et ils installeront ensemble leur atelier dans l’impasse Pichard (actuels jardins de Zarzis).

Louis s’aidera de béquilles toute sa vie, mais cela ne l’empêchera pas d’aller à la chasse de temps en temps. Veuf en 1925, il s’éteint à son tour le 12 avril 1964 à son domicile de l’impasse Pichard.

Sa petite-fille, Michèle, épousa Daniel Bossard, Fresnois, dont le grand-père Auguste fut mobilisé comme maître pointeur dans l’artillerie.

Sources

Exposition réalisée par le service des relations publiques et de la communication en 2014. Responsable du projet : Etienne BOIN. En partenariat avec les associations : UFAC de FRESNES (ACPG-CATM-TOE-VEUVES et FNACA). Documents et photographies sélectionnés aux Archives municipales, Archives du Val-de-Marne, Ecomusée du Val-de-Bièvre, Ministère de la Défense (site Mémoire des Hommes), à la Parisienne de Photographie SAEML, à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), parmi les archives de l’AAS Fresnes communiquées par Bernard GATEAU, celles de la famille de Madame BOSSARD et les photographies de Lucien DOCQUIR. Sources pour les données chiffrées et historiques : Géo Histoire n°12 et 13, 14-18 Magazine n°59, Le Monde Hors-série « 14-18, les leçons d’une guerre », Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget.