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Lumières éteintes, portes fermées. Il est 13 h 20 et le calme règne encore en maître sur le centre municipal Henri-Thellier. A 13 h 30, un camion de 22 m³ de l’EFS se gare devant l’entrée. Après avoir ouvert les portes de la salle polyvalente, Habib, chauffeur, installateur et chargé d’accueil pour l’EFS, commence le déchargement du camion rempli à ras-bord : lits de prélèvement, conteneurs de matériel médical, mobilier de cloisons et barnums, signalétiques, caisses contenant à boire et à manger… il y a énormément de matériel !
Habib est vite rejoint par Coraline, chargée d’accueil, et par les infirmiers Hajar, Julian et Xavier, qui l’aident à finaliser l’installation des lieux. A chaque collecte c’est le même ballet bien rodé : il faut transformer la salle polyvalente en un point de collecte opérationnel, médicalisé et accueillant pour les donneurs. Chacun connaît sa tâche, son matériel, et les lieux leur sont familiers puisque les collectes sur site sont régulières.
Le temps que ces salariés de l’EFS terminent l’installation, il convient de détailler l’activité de l’EFS. Cet établissement public est chargé de collecter et délivrer des produits sanguins adaptés à chaque patient nécessitant des transfusions, car le sang est une réponse thérapeutique qui aujourd’hui n’a aucune autre alternative. Selon l’EFS, 1 700 dons (en point fixe et mobile) sont nécessaires chaque jour en Île-de-France (plus de 8 millions de donneurs éligibles) pour couvrir les besoins.
En 2025, 3 000 collectes mobiles réalisées en Île-de-France dans des lieux tels que le centre Henri-Thellier à Fresnes ont permis de collecter 279 567 dons de sang (tout type confondu), soit 766 par jour en moyenne. Les collectes mobiles représentent presque la moitié des 1 700 dons attendus quotidiennement sur la région. Au global, 60 % des besoins de l’Île-de-France sont couverts par des dons franciliens (sites fixes et mobiles), les 40 % restants venant de province.
« Les mairies jouent un rôle essentiel dans la collecte de don car elles prêtent des locaux à titre gracieux qui permettent d’organiser les dons au plus près des donneurs. Pour les gens qui travaillent ou pour les habitants, cela multiplie les solutions de proximité pour donner. L’important c’est d’être au plus près des gens », précise le service communication de l’EFS.
Ainsi, en 2025, 184 950 donneurs franciliens (certains donnent plusieurs fois), dont 53 % de femmes, âgés en moyenne de 38,5 ans ont permis de collecter, sur les sites fixes et mobiles, des quantités de sang ayant couvert 60% des besoins franciliens et 19% des besoins nationaux.
Il est 14 h 30. La salle polyvalente du centre Henri-Thellier est méconnaissable. Les premiers donneurs arrivent sur le créneau horaire auquel ils se sont inscrits. Quelles sont leurs motivations ? Chloé, 27 ans, de Chatenay Malabry, qui n’avait pas fait de don depuis longtemps, a reçu un mail de l’EFS il y a quelques jours ça disait que les stocks étaient faibles, ça m’a poussée à venir ! » Ancien gendarme, Didier, 59 ans, de Fresnes, a vu un affichage dans la rue, la veille : « Je trouve que donner son sang est un acte de civisme. Quand on est en bonne santé, ça coûte une petite heure de temps pour donner des chances à quelqu’un d’autre. Ce n’est rien du tout quand on pense au temps passé dans les embouteillages ». Quant à Sullivan, 31 ans, de L’Haÿ-les-Roses, l’acte du don lui rappelle son père et son grand-père qu’il a toujours vus donner leur sang. « Ça me rapproche d’eux ! » Quant à Léa en tenue sportive, 26 ans, de L’Haÿ-les-Roses, elle vient parce que son frère à une leucémie : « Je suis sensibilisée, c’est mon acte citoyen ! »
Comme beaucoup de donneurs réguliers, ils connaissent le circuit typique. Ils passeront d’abord au point d’accueil avec Coraline, 34 ans, salariée de l’EFS depuis 2012, pour remplir un questionnaire administratif et médical. « L’identité du donneur est nécessaire pour deux raisons : une fois qu’on a créé un dossier nominatif dans la base de données nationale de l’EFS, ce dossier permet de vérifier le délai depuis un précédant don, il faut au moins huit semaines entre deux dons. Et cette identité du donneur permet d’assurer un suivi et une traçabilité du sang », explique Coraline.
Ensuite, ils auront un entretien pré-don avec le médecin ou l’infirmier habilité, et c’est d’ailleurs pour cet entretien que des données médicales ont été recueillies dans le questionnaire. « Ça permet au médecin de vérifier qu’il n’y a rien de rédhibitoire pour faire le don », pense savoir Chloé, qui va justement avoir le fameux entretien préalable au don.
Et Chloé a tout bon, sur l’intérêt du questionnaire médical, nous confirme Julian, 30 ans, infirmier habilité à mener les entretiens pré-don en l’absence de médecin sur site (mais en liaison téléphonique avec un médecin-référent) : « Après avoir vérifié l’identité du patient, j’examine avec lui, dans un espace confidentiel, son questionnaire médical et je lui pose des questions pour recouper les réponses, dans le but d’éviter tout risque cardiaque ou cardiovasculaire pour les donneurs lors de la prise de sang et tout risque de transmission d’une infection ou d’une maladie que son sang pourrait contenir ». C’est pourquoi il est important d’être exhaustif lors de cet entretien, par exemple en cas de retour de voyage dans un pays tropical où des maladies telles que le paludisme et le chikungunya sévissent. « Ensuite, je vérifie la tension du donneur et qu’il n’est pas à jeun. Si tout est bon, je rédige une prescription pour mes collègues à l’espace don car, en fonction de la morphologie et du profil du donneur, on ne prélève pas les mêmes quantités de sang, ni les mêmes composantes (plaquettes, plasma et globules rouges », complète Julian.
C’est cette prescription qui indique exactement aux infirmiers de l’espace don ce qu’ils doivent prélever et en quelle quantité. « On commence par piquer le doigt pour vérifier via l’hémoglobine que le donneur n’est pas en anémie, et si c’est OK, on effectue la prise de sang pour remplir une poche en accord avec la prescription. On fait aussi un prélèvement complémentaire dans un petit tube, qui sera analysé avant toute utilisation du don. Durant la prise de sang, on surveille les signes du donneur, fatigue, pâleur, tension. Pour ceux qui veulent, on papote avec eux, et pour ceux qui ont le syndrome de la blouse blanche, on raconte des blagues ! »
Sur cet espace, nous avons observé de loin pour ne pas déranger les infirmiers et les donneurs allongés. Chacun a sa stratégie pour passer le temps : téléphone mobile pour beaucoup, petite sieste détente ou bavardage pour les autres. De loin, nous entendons quand même les infirmières s’enquérir auprès des patients : « Vous avez bien mangé quelque chose ce midi, vous n’êtes pas à jeun ? » demande Hajar. « C’est la journée du bras gauche aujourd’hui, ça vous va si je pique à gauche du coup ? » propose Xavier à un donneur hilare : « C’est comme vous voulez ! »
Toujours pour installer une ambiance sympathique, Habib a installé une petite sono pour diffuser de la musique en fond sonore. « Aujourd’hui, c’est Radio Nostalgie, demain ça sera peut-être Air FM », nous glisse-t-il alors qu’il prépare l’espace collation. Car Habib n’est pas uniquement le chauffeur, il gère aussi le dernier espace du point de collecte, et il est très important : après la prise de sang, les donneurs ont généralement faim et soif. Et même s’ils ne ressentent si l’une ni l’autre, tout le personnel infirmier les encourage à s’alimenter et à s’hydrater.
C’est devant une table regorgeant de gâteaux, fruits, boissons froides et chaudes en libre-service et à volonté que nous retrouvons les donneurs pour en savoir plus sur leur expérience et leur rapport avec le don de sang. Pour Valérie, Fresnoise de 61 ans, c’est madeleine et chocolat chaud. « Je donne depuis que j’ai 18 ans, mon père donnait aussi son sang, je n’ai pas de pathologie particulière, je donne une fois par ans en moyenne. Mon don va être analysé et stocké pour de futurs receveurs. Je trouve ça bien qu’il ait autant de vérification pour éviter tout risque lors des transfusions sanguines », raconte-t-elle.
Noémie de Fresnes accompagne Sébastien de Vitry, 22 ans tous les deux : « Je l’accompagne parce que j’ai peur qu’il tombe dans les pommes pendant la prise de sang. Je n’ai pas fait de don parce que j’ai peur des piqûres, mais un jour, peut-être… ». Sébastien, lui, se sent très bien. Mais par prudence, et suivant le conseil des infirmiers à tous les donneurs, il mange du sucré et du salé, et il s’hydrate pour éviter tout contrecoup.
Alors que Sullivan, L’Haÿssien de 31 ans, demande une seconde compote à Habib (« autant que vous voulez », répond Habib), nous retrouvons Chloé : « Tout s’est très bien passé, mais je dois tout de même attendre 24 heures pour faire du sport parce que, suite au prélèvement, j’ai moins de globules rouges pour transporter l’oxygène vers les organes, mais ce n’est pas grave, c’est pour la bonne cause, et les globules vont se reformer très vite. »
Nous rencontrons aussi un trio de donneurs venus en famille : la maman, son fils et sa petite amie. « J’avais l’habitude de donner mon sang sur mon lieu de travail, mais ca n’a pas eu lieu depuis longtemps, alors j’ai cherché une collecte chez moi, à Fresnes, et mon fils, Jules, qui m’a accompagnée, en a profité pour donner lui aussi », explique Catherine, 59 ans, qui a une amie malade qui a déjà été transfusée deux fois. « Une heure de notre temps peut sauver des vies », résume Catherine. Son fils, Jules, Fresnois de 24 ans, donne son sang pour la quatrième fois : « Tant qu’on n’a pas peur des aiguilles, tout va bien. » Sa petite amie, Jade, a suivi le mouvement familial : « Moi aussi je viens de donner mon sang, c’était ma première fois, c’est super bien organisé et le personnel est très accueillant », dit-elle.
Les infirmiers restent en vigilance médicale permanente après le don. Pas question qu’un donneur s’éclipse avant un temps minimum de repos passé à l’espace collation. Une période utilisée aussi pour surveiller les signes extérieurs. « Cinq minutes après le don, j’ai vu que la jeune Léa était pâlotte : elle a fait une chute de tension. Après avoir mangé et s’être hydratée, elle a repris des couleurs. On a repris sa tension, et on l’a laissée repartir après avoir constaté que ses constantes étaient bonnes. Chaque donneur doit être couvé de l’œil car chacun réagit de manière unique », souligne Julian.
Quand on demande à Julian une anecdote ou un souvenir de ses sept ans sur les collectes mobiles, il n’hésite pas : « Beaucoup de donneurs croient que nous sommes bénévoles. Mais c’est un travail trop pointu pour du bénévolat, alors on leur explique que nous sommes infirmiers de formation et salariés. » A la même question, l’infirmière Hajar, 28 ans, évoque un donneur qui est revenu après avoir donné son sang pour offrir une enceinte bluetooth à l’équipe, en remplacement de celle tombée en panne. Mais ce qui motive surtout cette infirmière depuis qu’elle a pris son poste sur les collectes mobiles il y a 18 mois, « c’est que les donneurs viennent volontairement, ce n’est pas comme à l’hôpital où les patients viennent malgré eux parce qu’ils ont un problème de santé. Les donneurs viennent de leur plein gré pour aider gratuitement des gens qu’ils ne connaissent même pas. A l’hôpital, ils viennent de manière contrainte, ça change totalement le rapport avec eux et la manière d’exercer mon métier. »
Il est 17 heures passées. Sur les 50 créneaux ouverts jusqu’à 19 h, les 45 personnes qui s’étaient inscrites se sont présentées. Aucun « lapin » ! Et deux personnes (dont Didier) non inscrites se sont même présentées sur des créneaux libres : elles ont pu faire un don.
Il est 17 heures passées. Sur les 50 créneaux ouverts jusqu’à 19 h, les 45 personnes qui s’étaient inscrites se sont présentées. Aucun « lapin » ! Et deux personnes (dont Didier) non inscrites se sont même présentées sur des créneaux libres : elles ont pu faire un don.
A la fin de la journée, Habib et ses collègues vont démonter le point de collecte et rendre la salle polyvalente à son état initial. Mais qu’advient-il des produits du sang collectés aujourd’hui ? « Une fois que tout le matériel aura été chargé dans le camion, je retournerai sur notre base à Ivry-sur-Seine. Les tubes seront envoyés à Lille pour analyse et les poches de sang rejoindront le centre de préparation basé à Rungis. Seules les poches validées par les analyses lilloises pourront être utilisées par les établissements demandeurs de sang. »
L’Établissement français du sang et la Ville de Fresnes remercient tous les donneurs pour leur acte civique et encouragent tous les profils sanguins à donner, notamment, explique l’EFS, « […] les personnes originaires du continent africain, des Antilles et de l’océan indien ou bien ayant des ancestralités africaines ont davantage de probabilités d’être porteuses d’un groupe sanguin rare ou d’un phénotype dit “d’intérêt”. […] En Île-de-France, les sangs rares représentent un fort enjeu du fait de la prise en charge d’une importante fraction de la population touchée par la drépanocytose, une maladie génétique du sang. »